Gestion de la faune sauvage dans le massif des Tian Shan

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Kirghizistan - Jalalabad
de Aurelien, le 23-08-2007

Gestion de la faune sauvage dans le massif des Tian Shan

Pour les illustrations cf. album photo thème:"8 jrs dans les Tian Shan"

Début août, nous devions retrouver l’expédition Panthera de l’association française “Objectif Sciences”. Arrives quelques jours après eux, il nous a été impossible de les rejoindre et de rattraper notre retard. Nous avons tout de même passe 8 jours dans un milieu naturel étonnant en recueilli le témoignage de personnes passionnées par leurs montagnes :

- Mamaev Moustafa : Responsable de la réserve naturelle de Sary Tchat Irtach
Rencontre dans son bureau a Barskon sur les rives du Lac Yssyk Kol.

- Barkabai: Garde écologique
C’est le père d’Aida notre interprète. Il a été 4 ans en poste sur le territoire de Kumtor en tant que garde écologique.

- Emurbek: Eleveur de chevaux
Notre guide d’un jour. Il garde ses 200 chevaux sur les plateaux a 3800 m d’altitude. Il y restera 3 mois pour recueillir le précieux lait de jument avec lequel il confectionnera le Koumys, breuvage traditionnel du Kirghizistan.


Le territoire en question est situe au coeur des Tian shan, une chaîne de montagnes au Sud Est du pays. Il s’agit de milieux de hautes altitudes dont les fonds de vallées atteignent déjà 3500 m. Dans ces immensités, les plateaux sillonnes par de nombreuses rivières sont encadres par des sommets impressionnants qui donnent toute l’échelle à ces paysages grandioses.

Les conditions météorologiques y sont très changeantes et les températures glaciales sont courantes mêmes en été où les chutes de neiges sont régulières. La chasse y était également pratiquée intensément et la faune sauvage subissait il y a encore quelques années des dommages importants.

En 1995, la réserve naturelle de Sary Tchat Irtach a été créée sur 134140 ha. La délimitation de ce périmètre aurait été instaurée comme mesure compensatoire suite a l’exploitation de la mine d’or de Kumtor située à quelques kilomètres. Le périmètre correspond à des limites naturelles mais surtout a des habitats potentiellement intéressants pour de nombreuses espèces inscrites sur le livre rouge des espèces menaces à l’échelle internationale. Monsieur Mamaev cite pour exemple : le mouflon de Marco Polo et la Panthère des neiges pour les plus emblématiques. On note la présence avérée du chat sauvage, de l’ours, du bouquetin, de nombreuses espèces d’oiseaux (rapaces, oiseaux d’eau).


L’once : mythe ou réalité:
La panthère des neiges est ici considérée par les kirghizes comme le roi des montagnes. C’est une fierté pour le Kirghizistan d’abriter cet animal qui n’est présent que dans 14 pays a des effectifs réduits. Pour étudier ce félin si discret, Tom Mac Carty, directeur d’une organisation Américaine pour la conservation de la Panthère, a en 2006 détecté la présence du prédateur a Sarychat par la pose de pièges photographiques. Sur une période de 6 mois selon les propos de l'interviewé, les cliches ont permis d’attester la présence de l’animal. Donnée encourageante selon lui sachant qu’à la création de la réserve aucun animal n’était cantonné sur ce territoire.

La panthère fait l’objet d’une attention toute particulière aujourd’hui compte tenue de son statut de conservation. Sur le terrain, 20 agents assurent une veille contre le braconnage. Pénalement, tout braconnier s’expose à une amende dissuasive de 60000 soms (environ 1200 euros) agrémentée de 3 à 5 ans d’emprisonnement. Les cas d’infraction sont néanmoins limites car une sensibilisation a été effectuée dans les territoires alentours. En 2007, aucun cas nous dit-on n’a été enregistré.

Rare sont les personnes qui ont pu l’observer. Barkabai a eu l’occasion de croiser son chemin une fois en 4 années de service. Il nous décrit un animal sublime. Pour l’avenir, il est confiant car les risques encourus sont trop importants pour celui qui voudrait la tuer.

En terme de gestion, l’équipe scientifique composée de 5 personnes veille à l’équilibre des populations. Le problème majeur sur ce territoire nous précise le Directeur de la réserve, c’est la surpopulation de loups. Elle est responsable de la diminution des ongulés sauvages et représente une menace pour les troupeaux domestiques. Emurbek, notre guide pour la journée, ne se promène jamais sans son fusil. Il est autorise a tirer le canidé dans les montagnes environnantes. Pour chaque animal abattu, le poste écologique lui versera une compensation financière comprise entre 2000 soms (40euros) pour une femelle et 3000 soms (60euros) pour un male.

Droit d’entrée:
Chaque année des expéditions de différentes nationalités sont autorisées à rentrer a Sary Tchat Irtach pour des motifs scientifiques. Il faut un permis spécial pour justifier sa présence aux militaires qui fréquentent également la zone. L’expédition Panthera, première expédition européenne, doit prochainement rentrer en France après 3 semaines d’immersion. Leur objectif: tester une technique d’étude et de dénombrement. Espérons que leurs appareils se soient déclanches à plusieurs reprises pour immortaliser la grosse peluche!


Nos impressions de Sary Tchat Irtach (Nord de la réserve et montagnes alentours: camp a 3800m):
- des distances de fuites importantes de la part de toute la faune observée,
- des cadavres en très grand nombre: mouflons, chevaux (même sur les glaciers a 4000m),
- observation à chaque éclaircie du Gypaète barbu
- des lacs qui grouillent de vie (Héron cendre, Tadorne de casarca, Fuligule morillon, Fuligule milouin, Chevalier cul blanc, Sterne pierregarin, Harle sp, Grèbe huppe, Bécassine…)
- des tapis d’edelweiss
- du froid et du froid…. Un milieu vraiment pas facile!

Qu'en est il ailleurs?
Les propos des bergers rencontres en différents lieux du pays aboutissent tous au même constat. Ils déplorent la raréfaction des ongulés et des marmottes causée par une pression de chasse importante. A Arslanbob, Hachim a observé la panthère a 2 reprises en 15 ans et pense qu'aujourd,hui elle a déserté la zone pour des territoires giboyeux se faisant bien rares.


Une pression de chasse inquiétante:
La chasse est très répandue au kirghizistan. Et de fait, on croise régulièrement des cavaliers traquant mouflons et bouquetins. Que dire des 4 compères croises dans les montagnes de Kyzyl Oi; des officiers de Bishkek partis chasser entre amis. Ils posent fièrement avec leur fusil, s'amusent a me mettre en joue...Profitons de leur compréhension de l'anglais pour en savoir un peu plus. Ils resterons a jumeler les versants toute la journée jusqu'au coucher du soleil. Ils estiment qu’à partir de 3 animaux abattus la chasse pourra être stoppée. Sur leurs téléphones mobiles, on tient a me montrer les tableaux de chasse réalisés aux quatre coins du pays.

Malgré la diminution du gibier, le tourisme de chasse a aussi la part belle dans le pays. Le Mouflon de Marco Polo est pourtant inscrit sur la liste rouge des espèces menacées mais qu'importe, on accepte d’hypothéquer un patrimoine naturel contre une activité lucrative. Les prix sont exorbitant et le touriste devra débourser selon les agences près de 5000 euros (10 jours) pour un trophée de Marco Polo (. On propose même des tarifs dégressifs pour le deuxième animal prélevé. On vient aussi de loin pour la chasse aux petits gibiers. Les populations de galliformes (perdrix bartavelle, tétraogalles, lagopèdes) qui peuplent les massifs sont assez exceptionnelles.
Sur les rives du lac Song Kol, un guide kirghiz propose même à son client écossais de développer avec lui des séjours de chasse (bêtes à cornes et galliformes).

Dans ces conditions, il devient délicat de préserver la faune de ces montagnes. Un autre problème vient également compliquer l'affaire. Dans les réserves et les parcs nationaux, les fonctionnaires qui assurent le gardiennage et la gestion des espaces protégés sont mal rémunères (de l'ordre de 1700 som soit moins de 35 euros). Il semblerait également que les postes soient parfois attribués par relations et copinages. Des agents sous-payés, catapultés à des missions ne correspondant pas toujours à leurs compétences et leurs motivations. La corruption nous confie-t-on vient anéantir l'effet des espaces dit "protégés": des agents semble-t-il de mèche avec les braconniers.


Pour des infos complémentaires sur le suivi de la panthère des neiges dans cette région : http://www.bashat-cbf.org/html/trap-cameras_en.htm

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Commentaires sur cet article
Régine
j'ai visionné vos photos avec un brin d'émerveillement, voire d'envie ! Elles sont magnifiques et devraient fournir une belle expo à la sortie. D'ailleurs, je vous confirme que vous avez 15 jours réservés à la Maison de l'Aubrac en avril 2008, pour les présenter.
Bonne route dans ces grands espaces sauvages !
Bises et à bientôt.
Régine
 
Pedro
Hello Hello, C'est le trésorier qui vous parle. J'ai vidé la caisse samedi soir avec des copines : on annule le voyage et on RENTRE au bercail !!!

J'espère que tout roule pour vous. Ne sortez pas sans votre écharpe et bonnet. Grosses bises. Pedro
 
Pierre du Vercors
Salut les aventuriers...
Superbe les photos de ce petit périple de 8 jours...
Ca donne envie, moi je vous ramène des photos de Norvège quasiment tout aussi belle!!!
Profitez en bien et rendez-vous en novembre!!!
Bises et à bientôt. Pierre M
 

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